Nouveau DPE 2027 : 300 000 logements sortiront des passoires thermiques sans travaux

Mis à jour le 11 septembre 2026· 4 min de lecture
Nouveau DPE 2027 : 300 000 logements sortiront des passoires thermiques sans travaux

Une modification technique du diagnostic de performance énergétique promet de bouleverser la cartographie des passoires thermiques en France. À compter du 1er janvier 2027, une révision de la méthode de calcul du DPE doit faire changer de classe énergétique des centaines de milliers de logements, sans qu'aucun chantier ne soit réalisé. Décryptage d'une réforme qui interroge autant qu'elle soulage certains propriétaires.

Ce qui change concrètement dans le calcul du DPE

Le cœur de la réforme repose sur l'abaissement du coefficient de conversion de l'énergie primaire appliqué à l'électricité. Ce coefficient sert à traduire l'énergie finale consommée (celle affichée sur les factures) en énergie primaire, unité de référence utilisée pour attribuer une étiquette énergétique allant de A à G.

Jusqu'à présent, l'électricité était pénalisée par un coefficient élevé, tenant compte des pertes liées à sa production et à son acheminement. En le réduisant, la nouvelle méthode allège mécaniquement le score des logements chauffés à l'électricité. Résultat : un même bien, avec la même isolation et le même mode de chauffage, verra sa note s'améliorer du jour au lendemain.

Environ 300 000 logements concernés

Selon les estimations disponibles, près de 300 000 logements quitteront le statut de passoire thermique grâce à ce seul ajustement réglementaire. Certaines analyses évoquent une fourchette pouvant atteindre 500 000 biens, dont une part importante de logements locatifs. Ces habitations passeront des étiquettes F et G vers des classes supérieures, échappant ainsi au calendrier d'interdiction progressive de mise en location.

Un enjeu majeur pour la location et l'investissement

La portée de cette reclassification est loin d'être anecdotique. Le calendrier d'interdiction de location issu de la loi Climat et Résilience vise en priorité les logements les plus énergivores. Concrètement :

  • Les logements classés G sont visés en premier par l'interdiction de mise en location.
  • Les logements classés F suivent dans un second temps.
  • Les logements E sont également concernés à plus long terme.

En sortant du statut de passoire, les biens reclassés échappent mécaniquement à ces échéances. Pour un propriétaire bailleur qui redoutait de ne plus pouvoir louer son bien, ce reclassement représente une bouffée d'oxygène : il n'aura ni à engager de travaux de rénovation énergétique coûteux, ni à retirer son logement du marché locatif.

Des propriétaires soulagés, un marché rassuré

Cette évolution devrait alléger la pression qui pèse sur une partie du parc locatif privé. De nombreux propriétaires de petites surfaces chauffées à l'électricité, souvent situées en zone urbaine, se trouvaient dans l'impossibilité pratique de réaliser des travaux d'ampleur, notamment en copropriété où les décisions dépendent d'un vote collectif.

Pour les investisseurs, la nouvelle donne peut aussi rebattre les cartes. Certains biens jusqu'ici décotés en raison de leur mauvaise étiquette énergétique pourraient retrouver de la valeur sur le marché, à la revente comme à la location.

Une réforme qui relance le débat sur la fiabilité du DPE

Cette bonne nouvelle pour de nombreux propriétaires ne fait pas l'unanimité. La critique principale est simple : la performance thermique réelle des logements reste strictement identique. Un bien mal isolé, dans lequel il fait froid l'hiver et chaud l'été, le restera après 2027. Seul son classement administratif évolue.

Cette situation nourrit un débat de fond sur la fiabilité du DPE et sa capacité à traduire fidèlement le confort et les dépenses énergétiques d'un occupant. Faire dépendre la lutte contre les passoires thermiques d'un coefficient de conversion susceptible d'être révisé fragilise la crédibilité de l'outil aux yeux de nombreux observateurs.

Confort et factures : ce qui ne change pas

Pour un locataire ou un futur acquéreur, il est essentiel de garder à l'esprit qu'une meilleure étiquette ne signifie pas automatiquement des factures d'énergie plus basses. Un logement reclassé de F en E consommera toujours autant d'électricité pour se chauffer. Le montant réel des charges dépendra du niveau d'isolation, du système de chauffage et des habitudes d'usage, bien plus que du nouveau calcul réglementaire.

Quelles précautions prendre avant 2027 ?

Que l'on soit propriétaire, bailleur, acheteur ou locataire, quelques réflexes permettent d'aborder sereinement cette transition :

  • Anticiper la date d'effet : la nouvelle méthode s'applique aux diagnostics réalisés à partir du 1er janvier 2027, il peut donc être stratégique de programmer un DPE au bon moment.
  • Vérifier la validité du diagnostic existant avant une vente ou une mise en location, un DPE ancien pouvant afficher une classe différente.
  • Ne pas confondre reclassement et rénovation : améliorer réellement le confort d'un bien passe toujours par des travaux d'isolation ou de chauffage.
  • Se renseigner sur les aides disponibles pour financer une rénovation énergétique, indépendamment de l'étiquette affichée.

Au-delà de la simple mécanique réglementaire, cette réforme rappelle une réalité du marché immobilier : le DPE est devenu un critère central dans les décisions d'achat, de vente et de location. Comprendre ce qu'il mesure — et ce qu'il ne mesure pas — reste indispensable pour prendre des décisions éclairées, que l'on gère un patrimoine locatif ou que l'on cherche à se loger.

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